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Prescriptions par le psychiatre...

Quels médicaments, et pourquoi?

Article rédigé par le Dr G. L., Psychiatre, pour BouliAna.com

Attention, ces lignes ne sont qu'à visée informative, et ne remplacent en aucun cas l'avis du spécialiste pour l'introduction, la modification ou l'arrêt d'un traitement. N'hésitez pas à poser vos questions et à parler de vos inquiétudes à votre médecin.

Prendre un traitement n'est jamais anodin, surtout en psychiatrie; ça fait peur, ça inquiète, ça interroge.
On craint, à tort, d'être "tassé", "lobotomisé", sédaté, ou de perdre sa personnalité. Et particulièrement dans ce domaine, parce que le psychiatre travaille avec la personne sur ce qui fait son individualité: ses émotions, ses pensées, sa façon d'appréhender le monde environnant et son monde intérieur. Autrement dit, comme le psychiatre est censé travailler sur mon esprit, ma personnalité, alors les médicaments qu'il me prescrit agissent-ils de même sur mon esprit? Quelle pensée terriblement angoissante! Cette appréhension est alors tout à fait légitime : que va modifier le traitement sur mon esprit? sur ma personnalité? mes émotions et mes pensées?
Voici quelques éléments d'information concernant les divers médicaments que pourrait vous prescrire un psychiatre. Nous y aborderons l'aide qu'ils apportent, leur limites également (car ils ne font pas tout, loin de là), et sur quoi ils n'agissent pas!

 

Pour aider à gérer l'angoisse : les anxiolytiques

Les anxiolytiques, ce sont essentiellement les benzodiazépines (Valium, Xanax, Lexomil, Temesta, Veratran, Lysanxia) et pour les génériques, tout ce qui se fini en « -épam » (diazépam, bromazépam…)
Dans les références, les anxiolytiques ne doivent être utilisés que ponctuellement (pas plus de quelques semaines), et ne doivent jamais être associés entre eux. Votre médecin peut par contre les associer à d'autres classes de médicaments comme les antidépresseurs par exemple.

Leur action est essentiellement sédative et myorelaxante, sur une durée de quelques heures. Ils permettent donc de lever l'angoisse de façon brève. Celle-ci sera généralement de retour assez rapidement, ce qui justifie deux ou trois prises par jour.
Ils peuvent être prescrits dans les troubles du sommeil si ceux-ci sont liés à des éléments anxieux.
Ils n'agissent en aucun cas sur l'humeur, le moral, ni sur les hallucinations. Ils ne permettent que d'apaiser l'angoisse sur une brève durée.

D'autres anxiolytiques, non benzodiazépines, peuvent aussi apaiser. Ils ont l'énorme avantage de ne pas générer de dépendance physique (Atarax, entre autres).
Parfois sont prescrits certains neuroleptiques, comme le Tercian ou le Loxapac, à visée anxiolytique. Ils sont beaucoup plus puissants, et doivent être utilisés avec prudence car très sédatifs. Mais ils ont de même l'avantage de ne pas provoquer de dépendance physique.
Toutefois, le risque de dépendance psychologique existe: « Comment vais-je faire sans mon Atarax? » Cette seule pensée engendre une certaine tension, voire une angoisse anticipatrice. « Je le savais! J'angoisse sans mon médicament! ». Seulement, cette angoisse-là n'a pas du tout la même origine que l'angoisse initiale: elle a été créée par le traitement lui-même! D'où la double importance de ne prendre ces traitements là que ponctuellement.

Il existe d'autres méthodes pour faire face à l'angoisse, notamment les techniques de relaxation. Elles sont nombreuses, avec des variantes ; si une ne convient pas, pourquoi ne pas en essayer une autre avec laquelle on accroche mieux? Elles permettent le plus souvent d'éviter la prescription à outrance d'anxiolytiques, ou d'en limiter la quantité.

 

Pour améliorer le sommeil : les hypnotiques, ou somnifères

En cas d'insomnie, il est parfois nécessaire de prescrire un traitement d'appoint, sur le court terme. Il permet d'éviter l'aggravation du trouble responsable de cette insomnie (dépression, trouble anxieux), en attendant que le traitement de fond soit efficace. Les plus connus sont Stilnox, Imovane, Théralène.

Comme les anxiolytiques, ils sont à risque de dépendance, physique pour certains, mais surtout psychologique. C'est pourquoi leur prescription est également limitée dans le temps.

La plupart des somnifères ne permettent que de faciliter l'endormissement: ils n'agissent que sur trois ou quatre heures. Leur effet se dissipe en milieu et fin de nuit. Ils ne sont donc pas efficaces pour les insomnies de milieu de nuit ou sur les réveils précoces.
Pour les réveils précoces ou dans la nuit, votre médecin préfèrera généralement des benzodiazépines d'action longue, ou des associations de molécules comme Mépronizine, ou Noctran.
En outre, les hypnotiques ne respectent pas le rythme naturel du sommeil, et peuvent donner l'impression de provoquer un sommeil artificiel.

Les somnifères sont utiles seulement en appoint d'un autre traitement, ou lors de troubles du sommeil ponctuels liés à des évènements stressants. Le traitement de fond reste, dans le cadre d'une dépression ou d'un trouble anxieux, l'antidépresseur.

 

Pour aider à amender une dépression : les antidépresseurs

Les antidépresseurs sont prescrits en cas de dépression, mais aussi dans les troubles anxieux (Trouble Obsessionnel Compulsif ou TOC, Trouble Anxieux Généralisé ou TAG, phobie sociale et phobies spécifiques).
Voici une liste des antidépresseurs les plus prescrits : Deroxat (paroxétine); Prozac (fluoxétine); Seropram (citalopram); Seroplex (escitalopram); Norset (mirtazapine); Effexor (venlafaxine); Stablon (miansérine); Anafranil (clomipramine)

Petit rappel des signes cardinaux de la dépression :
Il s'agit d'une grandetristesse de l'humeur, qui est dite dystonique, ou dysphorique c'est à dire qu'elle demeure constante quel que soit le contexte. Même si l'environnement est à la fête, à la joie ou au bonheur, on n'est plus capable de ressentir ces émotions positives. On ne prend plus plaisir à rien: c'est l'anhédonie. Alors on ne sort plus que très peu, on se dévalorise et on culpabilise de n'avoir rien fait de sa journée. Ce sont deux symptômes de la dépression: le sentiment de culpabilité et l'auto-dévalorisation.
Cette tristesse s'associe à un ralentissement de la pensée et des gestes : on a du mal à se concentrer, à réfléchir, à faire les choses. Parfois la dépression est dite agitée, si la dimension anxieuse est au premier plan.
Les ruminations sont fréquentes : on ressasse toujours les mêmes pensées, du passé ou du futur, avec une grande difficulté à profiter du moment présent.
Les conséquences sur le sommeil et l'appétit vont de soi: les deux sont souvent perturbés. On rumine, on s'angoisse, donc on ne dort plus et on perd l'appétit.
Si la dépression est sévère, alors survient le sentiment que personne ne peut plus rien pour nous. On ne voit plus aucune issue. C'est le sentiment d'incurabilité, qui participe au développement d'idées suicidaires. Ces dernières sont un signe de gravité qui justifie une consultation rapide auprès d'un médecin.
Il existe évidemment autant de dépression que de personnes, avec des variations tant dans l'intensité que dans le nombre des symptômes. N'hésitez pas à prendre avis auprès d'un spécialiste.

Les antidépresseurs permettent, de façon générale, de prendre plus facilement du recul vis à vis des évènements quotidiens.
Lorsqu'on est déprimé, on voit tout en noir, on se dévalorise et le moindre objectif paraît inaccessible. Le moindre événement est perçu négativement. Tout nous pèse. L'antidépresseur aide à percevoir les choses de façon plus objective, à prendre de la hauteur vis à vis de soi et de l'extérieur. On rumine moins, les choses nous pèsent de moins en moins, on va retrouver progressivement du plaisir à faire les choses. Ils permettent de restaurer notre perception naturelle (propre à chacun, unique) qui avait été perturbée par la dépression.

Mais les antidépresseurs ne font pas tout. Une fois notre perception améliorée, à nous de cheminer pour amender complètement la dépression et consolider la rémission. A nous de percevoir ce changement et travailler dessus, de façon consciente ou instinctive, pour pouvoir envisager les choses autrement, d'un autre point de vue.

Lorsqu'on souffre d'une dépression est légère à modérée, le seul traitement peut suffire, car on fait le reste du travail de façon naturelle. Mais si la dépression est plus sévère, ou évolue depuis trop longtemps, on n'est plus capable d'effectuer ce travail seul. Le recours à un spécialiste devient alors nécessaire (psychologue ou psychiatre).
L'antidépresseur est donc loin de tout régler. Il permet d'initier un changement nous permettant de percevoir à nouveau nos ressources. Car elles sont toujours présentes. Seulement la dépression les occulte. Ce travail peut se faire soit naturellement, soit avec l'aide d'un thérapeute si la dépression est trop sévère ou trop ancrée.

De la même façon, les antidépresseurs sont également prescrits dans les troubles anxieux (Phobies, TOC, Stress post traumatique, Trouble anxiété généralisée TAG). En nous permettant de prendre un peu de hauteur vis à vis de ces angoisses aigües, ils évitent leur aggravation. En nous permettant de les percevoir différemment, ils les allègent modérément. Le reste du travail nous revient, via la thérapie.

Parmi les effets secondaires les plus fréquents, on retrouve les tremblements et les maux de tête. Ces deux derniers disparaissent très souvent après quelques jours de traitement. La prise de poids est moins fréquente, mais est possible. Elle peut être facilement contrôlée par des règles d'hygiène alimentaire et diététiques. N'hésitez pas à évoquer ces effets secondaires avec votre médecin: s’ils persistent, il faudra qu'il adapte votre traitement.

Par ailleurs, l’effet de l’antidépresseur ne se fera sentir qu'après deux à trois semaines de prise quotidienne, car ils aident à lutter contre un mal-être qui s'est instauré progressivement, sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Le processus inverse sera également progressif.
De façon générale, les antidépresseurs sont prescrits sur une période d’au moins six mois. Pourquoi aussi longtemps? Car une rechute est souvent plus sévère que la première dépression, et est plus difficile à faire reculer. Six mois sont un minimum pour s'assurer de la consolidation du premier épisode dépressif, et prévenir une rechute précoce.

L’arrêt des antidépresseurs se fera de façon progressive, car un arrêt brutal peut entraîner quelques signes transitoires tels que tremblements, nausées et maux de tête. Malgré ces petits effets secondaires en cas d'arrêt brutal, les antidépresseurs n'entraînent pas de dépendance.

 

En conclusion

Plusieurs spécialités existent dans ce que l'on nomme la pharmacothérapie. Certaines, comme les anxiolytiques ou les hypnotiques, ne doivent être prescrits que ponctuellement. D'autres, comme les antidépresseurs, sont prescrits sur plusieurs mois voire années.
Dans tous les cas, ils ne représentent qu'une aide permettant de démarrer, puis de maintenir un travail thérapeutique. Seule la thérapie peut permettre de retrouver, ou d'acquérir, les ressources pour faire face aux aléas de la vie, mieux gérer ses émotions ou le stress, et éviter une rechute.

Dr G. L., Psychiatre

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